Café Philo du 11/07/2025 : la procrastination

En quinze d’existence, le café philo de l’association pour le lien et l’initiative en terres privilégiées a couvert bien des thèmes. Je ne remet pas la main sur la liste que m’a fourni son heureux bienfaiteur Gérard Brunelet, mais j’en profite pour rendre hommage à ce dernier en introduction.

Et maintenant pour le compte-rendu concernant la dernière réunion en date de notre petit cercle d’amateurs, sur le thème de « la procrastination est-elle source d’éveil ? », suivi d’un encart sur « le changement est-il possible ? », qui a eu lieu ce onze juillet 2025.

La procrastination nous évoque non-respect de ses engagements, ne serait-ce que personnels, vis à vis de soi. Nous nous interrogeons sur le modèle éducatif qui en est responsable. Ou est-ce un trait de caractère intrinsèque ? Toujours est-il que toutes les personnes interrogées semblent souscrire ardemment à la procrastination, donc cela semble un trait de l’époque pour le moins. Mais il y a ces fonceurs, toujours à l’heure, ces fous de boulot, qui ne procrastinent pas, semble t-il.

La définition sera la suivante : remettre au (sur)lendemain.

Une méthode d’abord pour s’en libérer : plannifer, organiser, décomposer les tâches en plusieurs tâches, afin d’obtenir des résultats plus faciles à atteindre. Aussi, savoir se récompenser après finalisation.

Il semble que le point de vue initial est prépondérant, à savoir que si je focalise sur la première personne du singulier (« je dois faire ça », etc), je cultive une forme d’anxiété relative, alors que si je raisonne en terme de troisième personne du singulier, je délocalise ce stress avec des « cela devrait être fait », etc. qui dédouane le sujet pensant.

In fine, il se peut qu’une résistance, innée ou acquise, à la réalisation de plans plus ou moins passés en vue de réalisations plus ou moins long terme se créé chez les procrastinateurs car… cela les maintient dans un sentiment apaisant de ressenti du moment présent. Carpe Diem en quelque sorte.

L’hypothèse d’une source d’éveil se confirme…

Nous poussons la réflexion sur le modèle travail de notre société par le passé, et qui semble se désintégrer : ceux de la « vieille école » qui ne semblent jamais procrastiner, versus la modernité qui tolère ou encourage une certaine oisiveté.

Maintenant, sur les causes subjectives, nous rappelons que c’est après un sentiment de fort doute que peut se cristalliser notre procrastination : « je ne sais pas bien faire », qui exprime une peur de l’échec, une remise en cause de notre volonté, une méfiance de soi.

Et puis pour le verre à moitié plein, certains affirment que leur expérience leur a prouvé que c’est après mûre réflexion seulement que les meilleures actions sont entreprises, cela équivalant à penser que procrastiner à la suite de décisions hâtives n’est que sagesse.

À ce stade, nous avons sans procrastiner d’avantage interrogé l’intelligence artificielle qui sait tout, qui voit tout mais ne comprend pas grand-chose : il me semble que sa réponse détaillée tient dans une réflexion poussée sur le thème du désir et de la motivation.

Elle nous parle d’abord d’akrasia, ou la faiblesse de la volonté comme cause, puis nous exprime le constat de ceux qui savent mais ne font pas [nda: cela me fait penser à posteriori à la pollution en tous genre]. Aristote parle d’un conflit interne entre nos difficultés, notre perplexité. Cela revient à comprendre ses motivations, interroger ses choix, apprendre à se connaître, voir décomposer les tâches qui nous incombent, voir les contextualiser tout en raison-garder…

Après, il y a aussi les philosophes moralistes voir méchants : Sartre qui parle de fuite et de mauvaise foi, ou Heildeberg qui exprime l’inauthenticité du procrastinateur, rien que ça. De retour en arrière, Sénèque (comme nous!) fait le lien avec le moment présent ; le thème de la finitude aussi fait surface.

Nous affiromons que renoncer est différent que de remettre à plus tard.

Nous nous rappelons d’une typologie apprise entre êtres fonceurs et êtres réfléchis.

Nous évoquons la légende d’un prince thaï qui n’était qu’un oisif allongé dans sa parcelle à uriner sur son pied d’aubergine, et qui avait alors plu à une princesse aux prises avec ses futures responsabilité de monarque, pour le plus grand bien du Royaume qui garda par la suite sa sérénité à toutes épreuves.

Nous exprimons la sensation de pieuvre dans la tête quand nos responsabilités sont trop fortes.

Nous suggérons que ceux qui ne projettent rien ne procrastinent jamais.

Nous nous répétons en citant le proverbe chinois qu’il vaut mieux tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler, voir comme le suggère Georges Brassens dans sa chanson « les deux oncles » qu’il vaut mieux tourner sept fois sa crosse dans sa main avant d’attaquer un rival, en attendant qu’il ne devienne un ami. Toujours en citant la culture chinoise, qui a de beaux restes pour le moins en termes de philosophie, nous évoquons le concept du Wei Chin, où l’art du laisser-faire.

Bien sûr, des situations peuvent prétendre à l’exeption pour le commun des mortels, en cas de danger imminent etc! Mais nous nous rappelons à l’exemple les militaires qui s’étaient exprimés à 2 contre 1 en vue de bombarder Cuba de missiles nucléaires ; heureusement le consensus était de mise. Les décisions à chaud ont ça qu’elles impliquent de lourdes conséquences. Quelqu’un souligne alors que dans la précipitation nous pouvons atteindre l’efficacité, les objectifs peuvent être remplis avec les moyens en présence. Par contre, l’efficience représente la considération des effets à long-terme et du contexte aussi complexe soit il, à prendre en compte avec lenteur.

Le facteur temps s’impose ici. Les Mayas disaient « maitrises ton temps pour maîtriser ton esprit ». Il est des moments où d’aucuns doivent saisir une opportunité ou trancher par spontanéité. Tone qui était absent aurait pu dire je crois, qu’il vaut mieux regarder à l’intérieur de soi pour faire les bons choix.

Apprendre à se connaître, décomposer les tâches qui nous incombent, savoir se récompenser des efforts fournis si ce n’est des résultats, voilà les conseils. Nous invitons ceux qui seraient intéressés à poursuivre la réflexion en découvrant la méthode Pert, des années 1950. Nous finissons ce premier sujet encore en chanson en fredonnant Fernandel avec son air d' »aujourd’hui peut-être » (lien)

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Quand à la question « peut on changer ? », ceux qui prennent la parole affirment que oui.

Nous recommandons à ce titre de prendre son temps, en reconnaissant, puis acceptant, aimant et enfin libérant nos états d’âme, ou autres.

Une définition de la folie est amenée telle que suit : espérer d’autres résultats sans changer son action.

Le prochain café philo aura lieu le 1er août à 18h30 je crois, lieu à confirmer. Son thème : « un amour à sens unique peut il être toxique ? »

Bien à vous,

Jean-Denis

1 réflexion sur “Café Philo du 11/07/2025 : la procrastination”

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